extrait catalogue VARIUM ET MUTABILE.
Institut d'Art Contemporain. Villeurbanne, 1994
0 ubi campi... soupirait une nuit le jeune artiste, nostalgique peut-être des campagnes de son enfance, des plaines tranquilles de l’art et du jardin délicieux des mots qui ont le sens des choses. Pour calmer l’agitation que la fatigue ne calmait point ou tromper quelque absence, il recourut au dictionnaire, remède universel de l’inquiétude.
Il savait déjà l’art d’empiler les mots alignés, de transformer en objets les maximes des anciens, de donner l’épaisseur de la matière aux formes du langage, de rendre le verbe plastique.
Quelque maxime latine venue d’un souvenir d’école fut le fil grâce auquel il descendit au labyrinthe. Il en ressortit les bras pleins de locutions qui pourraient l’aider à vivre. Il pensa encore qu’il y avait là comme une morale et qu’après tout il n’était sans doute pas le seul à en avoir besoin.
Ainsi l’artiste est devenu moraliste, en permettant aux anciens de se rappeler à nous - nous en avions bien besoin. Mais l’artiste est un être pudique et en outre il ne hait rien tant que la pose et le pédantisme. Il choisit donc d’enfermer la morale dans une masse compacte où le sens reste virtuel, fonction de notre application et de notre attention.
Nous sommes ainsi renvoyés à un temps où la chose et le mot sont tout un, où le sens gît au coeur de la forme qu’il nous appartient de déployer pour le lire.
Une sorte d’âge d’or en somme que la sagesse latine, par la grâce de Jean-Lucien Guillaume, met à notre portée.
Patrice Béghain. Lyon, juin 1994
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