"Et si nous n'avions
que le choix de nos illusions?"
Cette remarque de Jean-Lucien
Guillaume, dans un court texte très personnel de 1988 dit
bien ce qui se trame, au fond, derrière ce qui pourrait
paraître simples jeux d'assemblages, jeu de mots, jeu d'attitude
engagée et distante, rigolarde et rigoureuse.
L'illusion, c'est toujours un peu celle que manipule
ce bateleur perpétuel qu'est l'artiste, mais c'est aussi
celle, dramatique, insondable, accablante et mortuaire de la pensée
baroque. Voilà bien le résultat des lucidités,
le pénible et désespérant constat des vacuités:
RIEN est au bout de TOUT, à commencer par la vie, et l'art
avec, qui part en fumée, dans un atelier d'artiste, en
novembre 1988. Cet incendie révèle qu'avec la tentative
d'art, c'est la tentation d'une perspective qui disparaît,
tout comme l'espoir d'une durée et d'un acte ou l'utopie
du réel et du dicible. Mais la pensée baroque rebondit,
elle joue, et puisque le RIEN menace ou attend simplement, elle
peut TOUT rebâtir, comme cela, comme au théatre comme
dans la vie. Et l'invention de Jean-Lucien Guillaume c'est juste
un pluriel, un S ajouté, geste d'enfant, geste de dédain.
Qu'on en juge: dans DESESPOIR, il y a espoir dit assez niaisement
la rumeur bigote. Et bien non, dans désespoir, il y a des
espoirs et cela change tout. Il n'y a pas d'espoir mais seulement
des possibilités de jouer en repoussant juste la limite,
en remplissant la vie de toutes les utopies, de toutes les illusions
du spectacle et de l'art. Et voilà le Taraflex, matériau
bête s'il en est, devenu drôle, pétillant,
promu à la noblesse de qui fait peinture et sculpture à
la fois. Désespoirs cassés pour un
temps, transformé en pictoman, l'homme qui
hésite entre mystique et superman. Le module de plastique,
vous aurez noté les ambiguïtés, peut tout faire,
tout dire, il est ciel et paysage,
poussière et potentiel. En un
mot, il est évasion. RIEN mène à jouer
de tout, pour oublier, pour croire, pour communiquer avec de simples
modules de Taraflex, avec Modul'art. Le plastique fait la plastique
et le titre fait le contenu, tout comme l'ironie fait la gravité
des questions engagées. Le reste, tout le reste, est du
ressort de Jean-Lucien Guillaume, à lui de décider
si son matériau sera peinture ou sculpture, si paysage s'étalera au mur ou sera compressé sur un socle.
Il devient bien le bateleur, le montreur, le jongleur. Du chapeau
de l'illusionniste sortent des décors, des fictions, des
questions, et jamais de réponse que celle-ci: jouons de
tout puisqu'il n'y a pas plus d'espoir que de désespoir.
Jean-Louis Maubant, mai 1990
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